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Raymond FISCHER (1898-1988)

Comptant parmi les rares architectes français à avoir rejoint dans les années 1920 les rangs de l'avant-garde la plus radicale, Raymond Fischer fut à la fois un ardent polémiste et un artiste inspiré. La poursuite d'une carrière plus conventionnelle, à partir de la reconstruction et jusqu'à sa cessation d'activité dans les années 1960, masque 1'originalité de son apport aux années héroïques du mouvement moderne en France.

Élève de l'atelier Redon à Paris, Fischer fut admis à l'École des beaux-arts en 1917 avec son ami Eugène Beaudouin qui obtiendra le Grand Prix de Rome en 1928. Moins convaincu que ce dernier des vertus de l'enseignement académique, il quittera l'École dès 1918 : « J'étais presque obligé d'abandonner les Beaux-Arts, j'avais mauvais esprit. » Décidant désormais de sa formation, il proposera sans grand succès ses services à des architectes modernistes européens, espérant ainsi contribuer à renouer les liens intellectuels rompus par « la folie de 14-18 ». Seul Adoff Loos lui répondit « aimablement » mais n'utilisa ses services que plus tard, à l'occasion du chantier de la maison de Tristan Tzara à Paris. Il entreprit alors un voyage aux États-Unis, où il rencontra F. L. Wright à Chicago.
De retour à Paris, il « négrifia » pour Michel Roux-Spitz ou Henri Sauvage, tandis qu'il côtoyait le soir à Montparnasse les personnalités les plus diverses de l'avant-garde artistique et littéraire. Il fréquenta Hector Guimard, appréciant l'ouverture d'esprit de ce maître de l'Art nouveau qui encourageait les efforts de la génération montante pour « une architecture plate », très opposée à la sienne, du moins en apparence.
Mais la rencontre décisive fut celle de Le Corbusier : « C'était le patron, nous avons tous subi son influence. » Il racontait que Le Corbusier, exerçant son autorité sur les rangs clairsemés des modernes, fustigeait ceux qui acceptaient pour vivre de réaliser de l'architecture de « style », renonçant ainsi à éduquer la clientèle. Raymond Fischer ne se cachait pas d'avoir lui-même réalisé quelques projets « Louis V ou XVI » pour des clients souvent incultes : « Nous étions dans une époque de révolution, il fallait travailler à côté, personne ne voulait du moderne. J'ai fait des horreurs du côté de La Muette. »
Sa première commande sera un immeuble de rapport, avenue de Lamballe, en 1923. Façade lisse revêtue de pierre agrafée, sur les conseils de Roux-Spitz, appuis de fenêtres « très minces », sur les conseils cette fois de Robert Mallet-Stevens. Dès cette construction, Raymond Fischer marque sa préférence pour l'ossature à l'intérieur qui « permet une façade plus mouvementée ». En 1924 viendra sa commande de l'atelier du peintre animalier Jacques Nam, rue Nicolo, sur un terrain très difficile, où il montrera son indifférence à la symétrie dont il disait qu'elle doit être réservée aux grandes compositions, l'asymétrie permettant « une meilleure répartition des volumes dans les petites constructions ». C'est contraint par le client qu'il réalisera un hôtel particulier symétrique, rue du Belvédère à Boulogne-sur-Seine, en 1925. C'est aussi à Boulogne qu'il construira pour Mme Lubin, modiste, la seule maison par laquelle il est connu comme un moderne des années 1930, et cela parce que cette maison est mitoyenne de la célèbre villa Cook, construite en 1927 par Le Corbusier.
Raymond Fischer rapportait d'ailleurs qu'il avait eu la plus grande peine à empêcher le « maître » de le supplanter pour cette réalisation, Le Corbusier considérant qu'elle lui revenait de droit. Dans cette composition, on retrouve les traits personnels de la manière de Raymond Fischer : une conception interne faite de volumes d'inégales hauteurs imbriqués selon le principe du « Raumplan » de Loos et, desservis par des escaliers « serpentant entre les différents niveaux », une façade « expression du plan », travaillée par un ou deux parallélépipèdes saillants combinés avec un volume en creux par rapport au nu de référence de la façade.
Membre du comité de rédaction de L'Architecture d'aujourd'hui dès sa création, il écrira de nombreux articles et participera à la mémorable soirée de propagande moderniste du 14 décembre 1931 organisée par la revue à la salle Pleyel. En 1934, déçu par 1'orientation éclectique et commerciale de L'Architecture d'aujourd'hui, il fondera avec Elie Faure et Francis Jourdain L'Architecture rationnelle, qui ne sortira que trois numéros.
Dans son agence, il employait certains de ces architectes européens aux fermes convictions modernistes sans l'intervention desquels le mouvement moderne en France aurait encore moins produit. Il faut citer le Polonais François Heep, qui s'associera plus tard avec Jean Ginsberg et construira avec lui en 1932 l'immeuble du 42, avenue de Versailles, mais surtout l'Autrichien Jean Welz, qui construisit en 1934 pour la famille Zilveli une maison d'un modernisme très radical, 70, rue Georges-Lardennois. En 1932, ils signèrent ensemble un groupe d'immeubles rue de Charonne qui, bien que transformé par une récente réhabilitation, livre à l'observateur attentif sa volumétrie rigoureuse et élégante.
Au tard de sa vie, Raymond Fischer jugeait sévèrement la production dite « post-moderne », lui qui écrivait en 1930 : « Le mouvement moderne en aura fini de toutes les maladies infantiles, quand, aux méthodes empiriques et aux efforts isolés, auront fait place un travail groupé et l'industrialisation. »

Papier posté le vendredi, mars 19, 2010 . Sous la rubrique , . Vous pouvez suivre toute réponse à ce papier en vous abonnant au flux suivant RSS 2.0
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