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Jean NOUVEL (1945- )


Jean Nouvel est, de tous les architectes français contemporains, le plus célèbre, le plus convoité par la mode, le plus courtisé par les médias, mais aussi le plus contesté par certains de ses confrères. Son image a fini par se fondre avec celle de l’homme «branché», cet archétype de l’époque, et lui-même, d’ailleurs, aime se référer à un vague «esprit du temps» mal défini.

Pendant l’été du bicentenaire de la Révolution, la une du 16 juillet 1989 du Sunday Times Magazine de Londres était consacrée à «The Best of France», citant d’abord Jean Nouvel, «the best architect», dont son célèbre confrère Richard Rogers affirmait qu’il incarnait parfaitement le modernisme français, constituant «le principal symbole de cette confiance en lui-même», qui, selon lui, caractérisait alors la France.


Nouvel est en effet devenu un symbole alors que montait un vedettariat architectural inusité dans ce pays. Cela explique que la scène architecturale parisienne se soit tant de fois si vivement déchirée à son propos.

Jean Nouvel n’est guère affecté par ce type de jugement : «Je suis un hors-la-loi», laisse-t-il entendre, un voleur qui aime «piquer à droite et à gauche: à la mode, à la bande dessinée, à la recherche de pointe, aux images techniques». Voleur, ou bien synthétiseur, c’est un brasseur des rêves et des émotions du moment.

Né en 1945 de parents enseignants, il a passé son enfance à Sarlat, fait ses études à Bordeaux; en 1966, à vingt et un ans, il vient à Paris pour s’inscrire à l’École des beaux-arts. Durant quatre ans, il est en même temps le collaborateur de Claude Parent, architecte assez marginal, bouillant polémiste et brillant dessinateur, qui, ayant redécouvert avec Paul Virilio les beautés du bunker puis mis au point la théorie de la «fonction oblique», inventait alors des univers d’une sombre plasticité en glorifiant la rudesse du béton armé.

En 1972, Nouvel fut, avec son ami le peintre François Seigneur, lauréat de la première session du concours P.A.N., ce programme architecture nouvelle qui devait, année après année, révéler les jeunes générations d’architectes. Leur projet sacrifiait au poncif du moment, celui de la multiplication cellulaire et de la répétitivité, dans une esthétique oblique encore très marquée par celle de Parent; sa difficulté à trouver une «écriture» personnelle durera quelques années.

Très vite, il apparut comme une des figures marquantes du militantisme architectural et politique des années 1970. Activiste infatigable, mêlé au monde du théâtre (Jean-Marie Serrault, plus tard Jacques Le Marquet et Sylvia Monfort) puis au monde artistique (dès 1970, il fut 1’architecte de la biennale de Paris, puis l’animateur de sa section architecture, devenue en 1980, 1982 et 1985 un lieu essentiel du débat théorique), Jean Nouvel était de tous les combats. Le local qu’il partageait avec d’autres architectes rue Lacuée, «loft» convivial établi dans un ancien atelier de serrurerie du quartier de la Bastille, devint un des foyers de l’activité architecturale parisienne. Nouvel participa à la création du mouvement Mars-76, destiné pour 1’essentiel à lutter contre le corporatisme des architectes, puis à celle du syndicat de l’architecture, dressé contre l’ordre professionnel; il fut également l’un des organisateurs de ce concours de contre-projets pour les Halles qui, à la fin de l’année 1979, mobilisa six cents équipes d’architectes du monde entier.

Combatif, rebelle, Jean Nouvel le resta longtemps. Son architecture trouvait l’essentiel de sa vigueur, le prétexte à ses choix, dans cette attitude critique qui l’animait tout entier. En pleine période postmoderne, il construisait des édifices «réactifs». Ainsi pour la maison Dick, construite en 1978 près de Troyes, comme on lui refusait un permis de construire, il feignit de s’incliner, mais traça à la brique rouge les corrections du censeur et fit d’une violence qu’on lui imposait le fondement même de son esthétique. Ainsi encore, l’année suivante, comme il devait construire à Antony un collège à partir d’un système industrialisé tout à fait médiocre, en renchérissant sur la standardisation, en numérotant chaque pièce de ce pauvre Meccano, en multipliant les effets de trame, imagina-t-il une sorte de paysage d’architecture normalisée, baigné des lueurs lugubres de tubes d’éclairage au néon.

Ailleurs, il s’essayait, avec une certaine maladresse qui suscita pourtant la curiosité, à la manipulation des significations croisées et à cet exotisme moderne qui est resté l’une de ses caractéristiques. Ainsi pour la clinique de Bezons, terminée en 1979, qu’il emballa sous une carrosserie de métal ondulé et brillant et qu’il enrichit de passerelles et d’échelles de coupée pour tenter d’évoquer le caractère passager de la maladie et greffer sur cet édifice sanitaire l’idée du transatlantique mâtinée de celle des trains qui traversent l’Europe.

Si certains de ses projets de concours semblaient un peu univoques et simplistes, d’autres réalisations avaient un caractère stupéfiant. malgré quelques maladresses de détail, malgré aussi leur peu de souci de la commodité la plus élémentaire. Ainsi, en 1980, la rénovation drastique du vieux théâtre de Belfort, mis à nu, gratté, rayé, brûlé au chalumeau en certains endroits, et drapé en d’autres lieux de fastes quasi baroques. Ainsi, dans le même registre «blessé», la réhabilitation en 1985 du lycée technique Dhuoda, à Nîmes, où se mêlent étrangement le saccage d’un bâtiment scolaire très ordinaire et son exaltation à grand renfort de feuilles d’or, de touches d’un bleu Klein profond et de bandes d’un rouge éclatant.

Jean Nouvel et les nombreuses équipes d’associés dont il a su s’entourer avant que de rompre, le plus souvent d’ailleurs dramatiquement, ont fourni à l’actualité des concours d’architecture des contributions toujours remarquées, rarement décevantes et bien souvent à deux doigts de l’emporter. On citera, parmi les concours perdus: le ministère des Finances, le parc de La Villette, la Défense, la Bibliothèque de France, l’Opéra de Tokyo et l’aéroport d’Osaka. On citera également son extraordinaire proposition de médiathèque enfouie sous un sol de verre, à laquelle en 1984 la ville de Nîmes a préféré le projet de Norman Foster.

C’est un concours gagné en 1981, celui de 1’Institut du monde arabe à Paris, qui lui permit de réaliser avec ses partenaires une œuvre phare de la nouvelle architecture parisienne et qui le propulsa définitivement dans la célébrité. Achevé à l’automne de 1987, cet édifice élégant, lisse et spectaculaire, d’une rare sophistication, fait du collage d’images inspirées de la technique et de références puisées à la tradition orientale, est parfaitement intégré tant au mouvement du quai en bord de Seine qu’à l’espace plus abstrait et froid de la faculté de Jussieu.

En 1987 également, Nouvel achevait avec d’autres associés deux opérations de logement social tout à fait inédites par leur esthétique industrielle, leurs escaliers métalliques, leurs bardages de tôle et par les surfaces abondantes qu’elles offraient. Celle de Saint-Ouen d’abord, celle de Nîmes-Nemausus surtout, dont l’aspect hirsute et acéré, le brutalisme, la place faite aux interventions d’artistes, la situation insolite (deux vaisseaux de fer parallèles, glissés parmi les files de platanes) suscita un énorme intérêt, prouvant que dans le logement social aussi il était possible d’échapper aux modèles traditionnels et de créer le sentiment d’une aventure, peut-être futuriste, anticipant sur les modes de vie à venir, ou peut-être simplement «branchée»: l’avenir le dira.

Parmi les projets qui suivirent (la tour d’Hérouville-Saint-Clair, étudiée en 1988, à la façon d’un cadavre exquis, par quatre équipes d’architectes européens conversant par télécopie; la rénovation de l’Opéra de Lyon, édifice néo-classique coiffé d’un haut volume hémicylindrique de verre et d’acier,1993; le bâtiment de la fondation Cartier à Paris, 1994; le nouveau centre de Perpignan ou l’énorme structure qu’il a imaginée en 1988 pour le centre thermal de Vichy; ou encore le centre des Congrès de Tours, terminé en 1993), le plus remarqué fut cette extraordinaire «tour sans fins» qui remporta en 1989 le concours de la Folie: conçue avec Jean-Marc Ibos, une tour extrêmement fine, haute d’environ 400 mètres, un cylindre monobloc qui pourrait un jour se dresser à côté de la grande arche de la Défense et dont la définition technique constitue un renouvellement radical du gratte-ciel de bureaux.

Après avoir inauguré un impressionnant monolithe noir (Onyx ) sur un parking de Saint-Herblain (un centre culturel conçu avec Myrto Vitard), Jean Nouvel, au début de 1989, achève deux édifices fort différents: le centre de documentation du C.N.R.S. à Nancy et l’insolite hôtel Saint-James du restaurateur Amat près de Bordeaux, entièrement voilé d’une sorte de résille d’acier rouillé qui le pare d’un voile mystérieux.

Parmi ses dernières réalisations, il convient de citer deux œuvres majeures: le Triangle des gares, Euralille (1994) et les Galeries Lafayette à Berlin (1996).

L’esthétique de Jean Nouvel est à situer entre les merveilles rutilantes de la technique et l’âpre crudité du bitume, entre le capotage lisse et des accents plus aigus, entre la tension, la plénitude, l’énergie contenue et toute l’ambiguïté des lumières filtrées et des effets venus de la vidéo ou de l’éclairage artificiel, entre la densité et une aspiration jamais comblée à l’«immatérialité». L’architecture, affirme-t-il, est un acte culturel. C’est-à-dire qu’elle doit signifier, prendre parti, commenter, jouer, détourner, manipuler l’univers et savoir qu’elle intervient toujours dans un contexte humain, physique ou culturel à prendre en compte. La modernité est expérience et renouvellement constant, et non code figé. Ainsi n’a-t-elle aucun sens pour lui, cette modernité calme et triomphante, aspirant à l’éternité, qu’avait définie Le Corbusier lorsqu’il parlait de l’architecture comme «jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière».

La modernité de Jean Nouvelle peut être triviale et naïve, bricolée, hirsute, certainement incorrecte, voire laide. Elle peut être nocturne ou crépusculaire plutôt que de pleine lumière. Mouvementée, dynamique, mouvante plutôt que stable.

Pour Jean Nouvel, «l’avenir de l’architecture n’est plus architectural». Cet avenir, il le voyait plutôt dans la confrontation avec la culture du moment; celui d’une architecture en résonance, libre, libérée surtout de la notion sacrée et indéfinissable de «beau», et aussi de celle d’«espace», libérée enfin de tous les tabous, de toutes les morales, d’ailleurs fluctuantes, qui l’ont toujours cantonnée dans les règles d’un jeu que lui, au contraire, voudrait ouvrir à d’autres spéculations, à d’autres interlocuteurs, à d’autres critères de jugement; il la rêve impure et éclectique, fruit d’une imagination vagabonde, chimérique et composite, «pétrification d’un instant d’imagination».


Papier posté le vendredi, mars 08, 2013 . Sous la rubrique , , . Vous pouvez suivre toute réponse à ce papier en vous abonnant au flux suivant RSS 2.0
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