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Le surréalisme: ou la 'Machine à rêver'

Définition du surréalisme

Selon la définition donnée en 1924 par André Breton, le Surréalisme est un « automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée». Il s’agit donc d’une véritable «dictée de la pensée», composée «en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique et morale ». Se réclamant de Sade, de Rimbaud, de Mallarmé, d’Apollinaire, de Roussel et surtout de Lautréamont, l’auteur des Chants de Maldoror (1868-1870), les surréalistes cherchèrent à libérer l’Homme du rationalisme de la culture bourgeoise occidentale, jugé étouffant et obsolète. Dans le premier Manifeste du Surréalisme, publié en 1924, André Breton, marqué par la lecture de Freud, inaugura ce qui allait être le processus de production de la plupart des œuvres littéraires et plastiques, en proposant de faire de l’inconscient le nouveau matériau du créateur. Ce matériau appelant une méthode de travail, le rêve à l’état de sommeil ou à l’état de veille, la parole sous hypnose, ou encore le fantastique, le bizarre, l’étrange et l’inattendu semblèrent constituer autant de moyens de le mettre au jour. Le Surréalisme par conséquent ne fut jamais considéré comme une technique de production, mais comme un outil expérimental de connaissance du monde.


Surréalisme et architecture. La « Machine à rêver ».

« Le surréaisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution de principaux problèmes de la vie (…). »[1]

Le contexte de l’après-guerre a été le moteur de la création des avant-gardes. Face à la destruction physique et psychique qu’a engendré la Première Guerre mondiale les dadaïstes comme les surréalistes revendiquent la libération de l’individu. Ils estimaient que les valeurs bourgeoises et la pensée rationnelle étaient à l’origine de cette guerre. Les surréalistes s’adonnent à leurs expériences sans aucune censure avec le but d’accéder à la liberté totale.

Mais dans cette envie qu’ont les surréalistes de réveiller les forces du rêve et de l’imagination à travers leurs œuvres et écrits, ont-ils pensé à l’architecture ? Quelle représentation de l’espace engendre cette nouvelle manière de voir ? Comment se côtoient espace réel et espace imaginaire ? L’architecture surréaliste ne serait qu’un lieu mental ?

Le mouvement surréaliste a compté quelques architectes. Frederik Kiesler, qui a développé un projet d’architecture intra-utérine et a essayé de réfléchir sur une architecture magique. Avec son projet « Endless House », il revendique une maison qui puisse être une seconde peau pour l’individu. La maison doit représenter à la fois l’ « intérieur » de l’homme et son extérieur.
"Endeless house" de Frederik Kiesler.
Elle doit former un tout rassemblant l’homme et son environnement. On retrouve aussi le rêve à un retour à l’espace prénatal. Pour la majorité de ses projets, sa forme de prédilection restera l’ovoïde, symbole à la fois de l’univers et du sein maternel.

« Le « fonctionnalisme moderne » en architecture est mort. Tant que la « fonction » fut une survivance, sans examen même du Royaume du Corps sur quoi elle reposait, elle échoua et s’épuisa dans la mystique Hygiène + Esthéticisme (Le Bauhaus, le système de Le Corbusier, etc.). »[2]

Parallèlement, certains artistes comme A.Breton ou Tristan Tzara ont exprimé un rêve architectural en contradiction avec l’architecture du mouvement moderne et plus particulièrement à celle de Le Corbusier. Par exemple, Breton, dans Nadja, fait de la maison de verre non pas une « machine à habiter », mais une « machine à rêver » :

« Pour moi, je continuerai à habiter ma maison de verre, où l’on peut voir à toute heure qui vient me rendre visite, où tout ce qui est suspendu aux plafonds et aux murs tient comme par enchantement, où je repose la nuit sur un lit de verre aux draps de verre, où qui je suis m’apparaîtra tôt ou tard gravé en diamant. »[3]

Ils se sont aussi emparés de certains bâtiments qui leur semblaient correspondre à leurs aspirations. A.Breton étant fasciné par le Palais du Facteur cheval et Dali par l’architecture Modern’style (qu’il associe à des photos de malades hystériques de Charcot). Pour celui-ci,  aucun « effort collectif n’est arrivé à créer un monde de rêve aussi pur et aussi troublant que ces bâtiments modern’style, lesquels, en marge de l’architecture, constituent, à eux seuls, de vraies réalisations de désirs solidifiés, où le plus violent et cruel automatisme trahit douloureusement la haine de la réalité et le besoin de refuge dans un monde idéal, à la manière de ce qui se passe dans une névrose d’enfance. »

 On peut voir chez certains artistes un engagement politique, notamment au parti communiste et au mouvement anarchiste. André Breton présente le surréalisme comme un mouvement révolutionnaire. Il publiera à partir de 1924 la revue La Révolution surréaliste. Ce contexte de révolution et cette envie de changer de regard sur la société et les hommes de manière subversive, peut être mis en relation avec la période révolutionnaire dans laquelle oeuvre J.J. Lequeu. Ce dessinateur en architecture travaille sur plusieurs projets de bâtiments entre 1779 et 1193, puis devient fonctionnaire d’Etat au ministère de l’Intérieur comme dessinateur. Lequeu a été formé à l’architecture à travers un savoir encyclopédique qu’il manie parfaitement. Mais il va tenter de réércire cette encyclopédie en la tournant en dérision afin d’ébranler les principes de convenance.

« Les architectures « introuvables » et combinatoires de Lequeu sont les compositions d’un dessinateur en architecture qui s’applique dans son œuvre-fiction d’architecte à construire à partir et donc contre l’Encyclopédie (aux racines de l’organisation sociale et moderne du travail d’architecte) un langage universel avec la ferme intention de nous en faire vivement constater les carences. »[4]
Temple de la divination, JJ Lequeu.

Section perpendiculaire d'un souterrain de la maison gothique, JJ Lequeu.
La majorité des planches représentant un édifice le traitent graphiquement en coupe, mais très rarement un plan. Cette façon de présenter le bâtiment donne immédiatement un visage et accentue le rapport de l’intérieur et de l’extérieur. Ces coupes sont d’autant plus spectaculaires qu’elles offrent un monde intérieur complètement en opposition avec la vision que l’on a de l’extérieur de l’architecture. De l’extérieur, le bâtiment donne une image classique, immobile, froide. En revanche, la coupe nous montre un intérieur fantasmagorique, surprenant, avec parfois des parcours intérieurs insoupçonnés (Section perpendiculaire d’un souterrain de la maison gothique). Dans la planche Temple de la devination, la qualité onirique est seulement suggérée grâce aux volutes de fumée mystérieuse qui sort du bâtiment. Ce travail peut, peut-être, trouver echo dans le fantasme des surréalistes de maison intra-utérine.

Kaufmann termine son étude monographique sur Lequeu ainsi : « Les fantaisies bizarres de Lequeu dévoilent bien son époque à quiconque s’intéresse plus au développement des idées artistiques qu’à la lutte pour le progrès technique. Bien qu’il ait évoqué des époques révolues et des pays lointains, il n’en était pas moins le précurseur d’importantes tendances du XXème siècle. A son époque, comme de nos jours, l’agitation et l’incertitude inspirèrent d’étranges crétions ; tout comme aujourd’hui, l’expression comptait plus que la forme ; tout comme aujourd’hui, des œuvres grandes et majestueuses émergèrent du tourment. Je ne voudrais pas suggérer un lien direct entre 1800 et 1900; ce qui m’intéresse, c’est la continuité des idées. »[5]
La porte de chasse du prince , JJ Lequeu.

Texte de J.Chapelier, source: http://dpea-archi.philo.over-blog.com 


[1]  A Breton, Manifeste du Surréalisme, Folio Essais, 1973
[2]F.Kiesler, L’architecture magique de la salle de superstition,Ex trait du catalogue de l’exposition internationale du Surréalisme, Galerie Maeght, Paris, 1947
[3]A.Breton, Nadja, Folio Classique, Paris, 2007
[4] Philippe Duboy, Lequeu, une énigme, Hazan, Paris, 1987, p24
[5]Emil Kaufmann, Trois architectes révolutionnaires, Boullée, Ledoux, Lequeu, Paris, 1978

Peinture surréaliste de Vladimir Kush


Papier posté le lundi, octobre 21, 2013 . Sous la rubrique , . Vous pouvez suivre toute réponse à ce papier en vous abonnant au flux suivant RSS 2.0
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