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Cour: définition de l'Art Urbain

" Si les rues et les places s'affirment comme les espaces de la relation où chaque habitant se met en scène, s'expose au regard de la collectivité, les cours se déploient comme leurs envers absolus, comme les espaces de l'intimité, où, libéré du poids niveleur du regard, s'exhibe en toute impunité, le secret et l'indicible". 

Frédéric Borel. 

Cour: n. f., du latin cahors, cahortis, « coin de ferme ». 
« Espace découvert, entouré de murs ou de bâtiments, faisant partie d'une habitation, d'un édifice administratif, scolaire, etc. qui souvent s'ordonne autour d'elle » (Dictionnaire Grand Larousse universel, 1997).

La cour est un élément générateur pour la distribution des bâtiments qu'elle dessert. Dans la composition urbaine, la cour est un espace libre communautaire qui assure une liaison avec les espaces publics (rue, boulevard, etc.).

« Depuis l'Antiquité, la maison s'ordonne souvent autour d'une cour à portiques (1) : péristyle grec, atrium romain, cortile italien, patio espagnol. »

Au Moyen Âge, la cour définit un simple espace délimité par les bâtiments de la ferme (2) ou l'enclos fortifié servant de résidence au chef de guerre du lieu, entouré de ses cavaliers (d'où le nom de « cour » pour désigner l'entourage du suzerain, puis du roi). Les châteaux forts (3) regroupent autour de la cour tous les services indispensables pour une vie autonome. 

À l'époque classique, la cour se transforme en un espace intermédiaire. Le corps d'habitation est éloigné de la rue, entre cour et jardin. La cour d'honneur et de service, bordée par des ailes latérales, communique avec la rue par un porche (4). À Paris, on les trouve dans les hôtels du Marais. 
Le monastère, souvent fortifié, est organisé autour d'un cloître (5) composé par un déambulatoire et une cour, « lieu clos et quelquefois environné de galeries couvertes comme sont les cloîtres des religieux ».

Véritables lieux d'échanges et de rencontres, les cours peuvent être ouvertes ou fermées et constituer des espaces publics ou privés. Telle la cour de collège, la cour de prison (6), d'hôpital ou d'immeuble, la cour commune (7) est une expression juridique qui désigne un espace libre dont l'usage est partagé par une communauté de résidents dont les habitations entourent la cour. On en trouve encore dans les villages briards. Ces cours communes sont bien souvent sources de conflits entre les « communistes qui en ont l'usage ».

Charles Fourier (1772-1837), qui prévoyait l'édification de « phalanstères » (8), bâtiments collectifs symétriques pourvus chacun d'une cour intérieure couverte d'une verrière comme les galeries, a très certainement influencé Haussmann. 
La « cour urbaine » naît aux Pays-Bas pour désigner, dans les lotissements de maisons individuelles, un espacepiéton semi-public réservé aux habitants où les véhicules peuvent avoir accès. Ce principe est appliqué dans certains lotissements contemporains (9). 
Au XVIIIe siècle, pour des raisons d'hygiène et d'assai- nissement ainsi que pour faciliter la circulation, les cours commencent à s'ouvrir sur la rue.

À partir du XIXe siècle, c'est toute la physionomie de la rue qui se modifie. En effet, sous Napoléon III, les travaux d'Haussmann mettent à l'honneur la création de parcs et de cours en cœur d'îlot (10). Auparavant, « la plupart des grandes villes françaises avaient des cours des Miracles (11), qui jouissaient du droit d'asile. Paris en possédait plusieurs (environ douze au XVIIe siècle). La plus fréquentée, que Victor Hugo a décrite dans Notre-Dame de Paris, formait un vaste enclos circonscrit par les rues actuelles des Petits-Carreaux , du Caire, Saint-Sauveur et Saint-Denis ».

Au début du XIXe siècle, les cours ouvertes sur rue s'imposent avec d'autant plus de facilité que le statut de la cour traditionnelle a complètement changé. En 1903, le principe du boulevard à redans (12), conçu par Eugène Hénard, a été appliqué pour le prolongement du boulevard Raspail. Son intérêt est de briser la rigidité de l'alignement haussmannien et aussi d'articuler les cours avec l'espace public. Ce procédé lutte contre l'opposition traditionnelle entre façade principale alignée sur rue et cour au centre de l'îlot. En 1905, cette proposition est adaptée par Tony Garnier qui conçoit un schéma de rédecoupage d'un îlot trapézoïdal par des corps de bâtiment en forme de X (13).

L'urbanisme du Mouvement moderne d'après-guerre, sous prétexte de salubrité et d'ensoleillement, introduit les bâtiments en forme de barre et de tour, et tend à faire disparaître les cours. À ce propos, Auguste Perret écrit que « la cour constitue un maigre sujet pour la ville contemporaine ». Une des propositions de Le Corbusier est d'éliminer la cour et de lui substituer un système de relation entre le bâtiment et son entourage. « La Ville radieuse est une proposition pour le bonheur des habitants grâce à l'air pur et à la lumineuse incidence de la lumière sur les formes régulières de l'architecture. » (14).

Depuis les années quatre-vingt, la cour redevient un enjeu urbain et un élément de la composition architecturale. 
Aujourd'hui, en fonction de l'échelle de l'opération, on distingue deux grands types de cour et de traitement architectural. La petite cour ouverte sur rue (entre 200 et 500 m²) est surtout minérale. Espace de passage, son rôle est d'éclairer et d'aérer le plus grand nombre de pièces dans des corps de logis construits en profondeur de parcelle. Située en cœur d'îlot, la grande cour (entre 1 500 et 2 000 m²) est pensée comme un square ou un vaste jardin (15). Elle peut être traversante, par conséquent publique et traitée comme un élément charnière entre deux rues ou une rue et l'intérieur de l'îlot. Dans le système « d'îlot ouvert » préconisé par l'architecte Portzamparc, la cour joue un rôle important dans la composition urbaine (16). Les cours contribuent à la transition entre l'espace public et l'espace privé. Elles peuvent apporter tranquillité et silence aux riverains. 

V. ALIGNEMENT, CLOÎTRE, COUR URBAINE, ENCLOS, GALERIE, ÎLOT, JARDIN, PASSAGE, PORCHE, TOUR, SQUARE.

Source: Arturbain.fr
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