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Perspective: définition selon l'Art Urbain

« Le choix d'une perpective qui a pour objet de rendre intelligible le monde visible et qui, loin de n'être qu'un facteur de style, est le moyen par lequel un peintre, plus généralement une époque de l'Histoire, voire une civilisation entière, parviennent à fixer les rapports de l'Homme avec ce qui l'entoure. [...] Une image ne represente pas seulement le monde, elle dévoile la conception qu'on en a. »
Ph. Comar
« Les documents graphiques, quelquefois simplifiés par la suppression de détails superflus, sont, pour le plus grand nombre, présentés en projection axonométrique, système qui a la clarté de la perspective et se prête à des mesures immédiates. »
A. Choisy

Perspective urbaine :  Ce terme désigne soit un espace dégagé en ville (V. Perspective monumentale) soit la représentation graphique en trois dimensions d'un ensemble urbain sur un plan pour simuler une vision des constructions et des espaces libres.

Différentes techniques ont été utilisées à chaque époque, en particulier par les peintres et les architectes, pour représenter à différentes fins l'espace urbain.

La perspective urbaine permet de se rendre compte de l'insertion d'un projet architectural ou urbain dans son environnement. Elle est un moyen de communication avec le public.

Les premières tentatives connues de représentation d'un cadre de vie sont les perspectives égyptiennes, dites aussi perspectives rabattues (1).

En Europe, durant l'Anti- quité, on ne représente quasiment que des corps humains. Des objets apparaissent entre ces corps à l'époque hellénistique, mais c'est l'indépendance de chaque partie qui ressort des compositions complexes.

Au Moyen Âge la perspective évolue. Les divers points de fuite se regroupent d'abord sur un axe de fuite vertical, séparant le tableau en deux, puis sur une aire de fuite (axe réduit). Cette époque donne lieu à de magnifiques œuvres telles Les très riches heures du duc de Berry (2). Les villes qui sont souvent représentées en toile de fond visent à une représentation symbolique d'une cité (3).

Ce sont les peintres de la Renaissance italienne qui découvrent la technique de la perspective à point de fuite unique, vulgarisée par Alberti. Celle-ci est aussi appelée perspective frontale ou conique. Le rayon visuel est alors perpendiculaire au plan frontal. Les trois scènes de Serlio en sont un bel exemple (4). Filippo Brunelleschi, en 1413, introduit une nouvelle représentation de l'espace en se livrant à l'expérience dite « de la tavoletta » (petite tablette munie d'une poignée, dont une face dispose d'une petite peinture de l'artiste représentant le baptistère San Giovanni vu du seuil de l'entrée de la cathédrale Santa Maria del Fiore située en face). La tavoletta est en outre percée d'un petit trouœillon, lequel est situé dans la petite peinture de l'artiste à l'intersection de la ligne d'horizon avec l'axe du portail du baptistère. 
Dans cette expérience, l'artiste se tient debout, au même point d'observation, sur le seuil de l'entrée de la cathédrale et regarde le baptistère.
Dans un premier temps, Brunelleschi présente sur son visage la partie non peinte de la tavoletta pour regarder par l'œillon le baptistère.
Dans un deuxième temps, il présente devant lui, situé à la bonne distance, le miroir et fait coïncider la vue par l'œillon du baptistère avec l'image réfléchie du miroir de sa petite peinture (voir l'il- lustration (5) où on distingue le miroir, tenu entre le pouce et l'index d'un observateur, réfléchissant l'image de la petite peinture de la tavoletta ; celle-ci coincide avec la vue du baptistère située dans un plan éloigné ; on remarque également l'œil de l'obser- vateur à travers l'œillon. 
Brunelleschi découvrit qu’il devait impérativement se tenir à un seul et unique endroit et comprit qu'il n’existait qu'un seul point de vue et pas nécessairement un seul et unique point de fuite. Mais Brunelleschi n'était pas versé dans les lettres comme l'était en revanche Alberti, qui vingt ans plus tard, à partir des notes du premier et des siennes, rédigera le premier écrit sur la perspective centrale ou artificielle intitulé Della pittura. Cet ouvrage explique les fondements mathématiques et géométriques de la perspective dite aussi « linéaire ». Il faudra attendre l'époque baroque pour que se répande la perspective oblique (à deux points de fuite), aujourd'hui communément employée.

Au XVIIIe siècle, l'invention de la montgolfière entraîne le développement de la vue à vol d'oiseau ou perspective aérienne, qui introduit un troisième point de fuite pour les hauteurs (6/7).
La perspective axonométrique, dont les fuyantes sont parallèles et qui rejette le point de vue de l'observateur à l'infini présente l'avantage de pouvoir mesurer les dimensions des bâtiments et des voies sur un plan ; on en trouve une illustration dans le plan de Paris dit « de Turgot » (8).
Au début du XXe siècle, l'avènement des nouveaux courants artistiques, tels que le cubisme, rompt avec la conception de l'espace perspectif en tant qu'imitation de notre vision. C'est à cette époque que l'utilisation de l'axonométrie se généralise chez les architectes (9). L'observateur prend alors une place neutre et théorique.

Par la suite le développement des techniques a permis de se passer de la construction manuelle de la perspective. Ainsi, la photographie d'un plan représentant les tracés des bâtiments et voies au sol permet d'effectuer une mise en perspective immédiate ; elle est surtout très prisée pour la réalisation de photos-montages, pour simuler des situations avant/après en insérant dans un contexte existant et photographié une future réalisation (10). Depuis la loi sur le paysage de 1990, en France une mise en perspective colorée des projets est obligatoire dans le dossier de demande de permis de construire.

Aujourd'hui, l'infographie permet de produire des images quasi réalistes, mais elle propose surtout un nouveau mode de repré- sentation (11) et ajoute le mouvement à la découverte de l'espace. La rigueur qu'impose la saisie des données permet de se rendre compte d'erreurs presque indétectables en plan.

L'informatique contribue à l'amélioration de la con- ception, sa précision entraîne des représentations strictes et permet d'effectuer rapidement de nombreuses vues séquentielles. Le croquis, qui traduit des intentions plus personnelles de la part des auteurs, reste toujours d'actualité. Ces techniques sont toutes deux utiles en matière de perspective urbaine.

V. AVANT/APRÈS, AXONOMÉTRIE, CROQUIS, PER- SPECTIVE MONUMENTALE, PHOTO-MONTAGE, VUE À VOL D'OISEAU.

Source: Arturbain.fr
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