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Effet de transparence: Définition

« "Transparence" signifie perception visuelle simultanée de différentes aires ou couches spatiales. »
Gyorgy Kepes

« L'avenir se présente sous la forme de la transparence. »

Walter Benjamin

Transparence : n. f. [...] Qualité d'une substance [...] qui [...] laisse passer les rayons lumineux (1591). 
Transparent, e : 1. À travers quoi il est possible de voir. [...] c. Autorisant le passage de la lumière par des interstices (rare) (1693).

On parlera d'effet de transparence lorsqu'une construction ou un aménagement permettra à la vision du promeneur de se prolonger à travers un ensemble d'espaces urbains.
La transparence n'existe que mise en scène par des éléments opaques.
Le mot transparence est assez récent, et la transparence semble être, jusqu'au XVIe siècle, un effet plus ou moins involontaire, secondaire, né d'une intention qui lui est étrangère, le plus souvent de nature fonctionnelle.

Dès l'Antiquité, les colonnades du temple (1) ou de l'agora donnent un effet de transparence. Ces dispositifs servent à la déambulation, à la vie publique et, de ce fait, réclament fluidité de circulation et ouverture. La relation entre le degré d'opacité et la fonction est plus évidente encore dans cette opposition : « L'ordre dorique ordonne dans la lumière la transparence de la colonnade, opposée par Hegel à l'hermétisme de la pyramide. » Domaine des morts, la pyramide exclut toute ouverture. De même, les portes monumentales des villes romaines, d'abord, marquent le franchissement symbolique des limites d'une ville. L'effet de transparence n'en est que la conséquence, ce n'est pas une fin esthétique. Cette idée est poussée à l'extrême dans la culture orientale, avec le système de portes et portiques (2), dont l'usage est souvent purement symbolique. Ils matérialisent le passage d'un monde à un autre, d'un ici-bas à un au-delà.

Au haut Moyen Âge, la transparence de la clôture du jardin s'ajoute à une intention fonctionnelle. Les palissades de bois de l'hortus conclusus sont basses et à claires-voies. La limite peut ainsi être signifiée tout en laissant le jardin visuellement ouvert.
La cathédrale gothique du XIIIe siècle introduit la transparence dans la ville. Les arcs-boutants expriment la sophistication de la structure et rompent avec la massivité jusqu'alors inhérente à l'architecture. Aux contreforts romans succèdent des volumes aérés, qui créent un effet de transparence tout autour du bâtiment. Les vitraux, eux, amènent la transparence à l'intérieur de l'édifice.

En 1380, une étape importante est franchie, l'apparition du mot transparence, ce qui revient à dire que se formule le concept.
Il semble que ce soit à partir de ce moment que la transparence est explicitement conçue comme élément plastique.
À la Renaissance du XVe siècle, les modèles étant puisés dans l'Antiquité, on réutilise l'effet de transpa- rence d'éléments comme la colonnade ou le portique. En Italie d'abord, avec Palladio, Bramante puis le Bernin, la façade donne un nouveau rapport entre le bâtiment et l'espace urbain. Les éléments qu'elle met en œuvre – colonnades et fenêtres en particulier – ménagent une transition physique et visuelle entre intérieur et extérieur, entre privé et public.
Parallèlement, les jardins italiens ouvrent, sur le paysage environnant, des fenêtres de végétaux taillés. On retrouve le principe de transition visuelle.

Au XVIIe siècle, la transparence entre dans le vocabulaire de l'architecture : le terme de transparent se substantive et désigne « un panneau décoratif très fin et éclairé par derrière (1762) ; il s'applique à un motif décoratif sculpté à jour, en architecture et en sculpture (notamment dans le style baroque espagnol) ».
Au XVIIIe siècle, l'effet de transparence prend une connotation morale. Cela aura un écho au XXe siècle. Le retour à la transparence se veut alors un « nouvel ordre social ». On assimile la transparence physique à la transparence éthique.
Au XIXe siècle, les percées haussmanniennes donnent à la transparence une échelle urbaine. Elles rompent avec la sinuosité des rues héritée du Moyen Âge. Ces mesures ont un objectif avant tout très fonctionnel : régler les problèmes de circulation. Mais, de fait, elles ouvrent de grandes perspectives conti- nues qui confèrent à la perception de la ville une profondeur (3).
De plus, les travaux d'Haussmann systématisent la plantation d'arbres d'alignement, qui permet une autre forme de transpa- rence : un effet de transparence végétale, variable selon les saisons (4).

Au début du XXe siècle, la transparence prend une place majeure, pour le rapport qu'elle crée tant entre les séquences de l'espace public qu'entre espace public et espace privé.
Les pilotis sont un outil essentiel du modernisme, car ils présentent l'intérêt de libérer le sol (5). C'est le début d'un type de transpa- rence indépendant du volume du bâtiment, à l'échelle à la fois de la ville et du piéton.
La construction en verre est, depuis le milieu du XIXe siècle, permise par la structure métallique (serres de Kew Garden, 1848).
On voit une nouvelle fois l'effet de transparence agir sur la relation privé/public, avec l'ambivalence que constitue l'inversion du rapport visuel intérieur/ extérieur, entre le jour et la nuit (6).
L'immeuble vitré devient le standard de l'architecture internationale et aboutit, par la multiplication de l'effet de reflet, à la construction de paysages urbains virtuels (7).

Le bâtiment de Jean Nouvel pour la fondation Cartier illustre l'intégration actuelle de la transparence à la production urbaine, en combinant plusieurs propriétés. La façade-filtre, sorte de grille d'entrée de l'immeuble venant en avant de celui-ci, manifeste une limite, inscrite dans l'alignement du boulevard Raspail. L'effet de transparence permet de construire la transition entre l'espace public et le bâtiment (8).

L'effet de transparence est aujourd'hui au centre du développement d'un ensemble de notions spatiales, comme la notion de filtre ou celle de cadrage, de fenêtre urbaine. L'effet de transparence est perçu comme capable de qualifier un espace. C'est pourquoi seront recherchés ou préservés les effets de transparence dans les documents d'urbanisme (clôtures, alignements, fenêtres urbaines, etc.), qui auront pour finalité de faire respirer la ville.
On mesure bien la progression de l'effet de transparence : né d'intentions surtout fonctionnelles, il est maintenant lui-même un objet de réglementation, de préoccupations spécifiques.

V. ALIGNEMENT, CLÔTURE, EFFET DE REFLET, EFFET VÉGÉTAL, FENÊTRE URBAINE, GRILLE, PERSPECTIVE URBAINE, PORTE DE VILLE.

Source: Arturbain.fr
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Vocabulaire de la composition 
Vocabulaire de la perception 
Vocabulaire de l’espace public 
Vocabulaire du décor et du mobilier 
Vocabulaire de la représentation 

Papier posté le jeudi, janvier 16, 2014 . Sous la rubrique , . Vous pouvez suivre toute réponse à ce papier en vous abonnant au flux suivant RSS 2.0
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